Fiscalité Cessions d'actifs

Une plus-value professionnelle est le gain réalisé lors de la cession d'un bien inscrit à l'actif immobilisé d'une entreprise ou d'un professionnel indépendant. Elle est égale à la différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable (VNC) du bien cédé. Les plus-values et moins-values sont enregistrées en résultat exceptionnel, au compte 775 (produit) ou 675 (charge).

Formule : Plus-value = Prix de cession − Valeur nette comptable

La VNC est égale à la valeur d'acquisition diminuée des amortissements cumulés. Plus le bien a été amorti, plus sa VNC est faible, et donc plus la plus-value potentielle est élevée.

Court terme vs long terme : la distinction fondamentale

Le régime fiscal de la plus-value dépend principalement de la durée de détention du bien et de la nature de la plus-value. La distinction court terme/long terme a des conséquences fiscales très différentes.

Plus-value à court terme (PVCT)Plus-value à long terme (PVLT)
CritèreBien détenu depuis moins de 2 ans, OU fraction amortie d'un bien détenu depuis plus de 2 ansFraction non amortie d'un bien détenu depuis plus de 2 ans
Imposition (IS)Intégrée au résultat courant, imposée au taux normal IS (25 %)Taux réduit de 12,5 % (ou quasi-exonération pour titres de participation > 2 ans)
Imposition (IR)Ajoutée au résultat BIC/BNC, imposée au barème progressifImposée au taux fixe de 12,8 % + 17,2 % PS = 30 % (flat tax)
CompensationLes PVCT compensent les MVCT de l'annéeLes PVLT compensent les MVLT ; l'excédent est imposé à 12,5 %
Plus-value CT vs LT : la durée de détention est décisive Acquisition 2 ans Court terme (PVCT) Détention < 2 ans ou part amortie > 2 ans IS à 25 % intégrée au résultat courant Long terme (PVLT) Détention > 2 ans (fraction non amortie) Taux réduit 12,5 % ou quasi-exon. titres participation IS

Exemple concret : cession d'un véhicule

Un artisan vend son véhicule professionnel (détenu 3 ans, amortissement linéaire 5 ans) :

  • Valeur d'acquisition : 25 000 €
  • Amortissements cumulés sur 3 ans (60 %) : 15 000 €
  • VNC au jour de la cession : 10 000 €
  • Prix de cession : 14 000 €
  • Plus-value totale : 14 000 − 10 000 = 4 000 €

Ventilation : la fraction amortie (15 000 €) correspond à du court terme même si le bien est détenu depuis plus de 2 ans. Mais comme le prix de cession (14 000 €) est inférieur à la valeur d'acquisition (25 000 €), la totalité de la plus-value (4 000 €) est court terme (elle correspond à la récupération d'amortissements). Elle est donc imposée à l'IS à 25 %.

Exonérations pour les PME et les indépendants

Le CGI prévoit plusieurs dispositifs qui permettent de réduire sensiblement l'imposition des plus-values professionnelles pour les petites entreprises :

ArticleCondition principaleEffet
Art. 151 septies CGIRecettes < 90 000 € (services) ou < 250 000 € (ventes) ; activité exercée depuis > 5 ansExonération totale si seuils respectés, partielle de 90 000 à 126 000 € / 250 000 à 350 000 €
Art. 238 quindecies CGIValeur des éléments transmis < 500 000 €Exonération totale si < 300 000 €, partielle de 300 000 à 500 000 €
Art. 151 septies A CGIDépart à la retraite dans les 2 ans avant ou après la cessionExonération totale de la PVLT, exonération PVCT sous conditions sur prélèvements sociaux

Cas particulier : les titres de participation à l'IS

Pour les sociétés soumises à l'IS, les plus-values sur cession de titres de participation (parts ou actions d'une filiale) détenus depuis plus de 2 ans bénéficient d'un régime de quasi-exonération particulièrement favorable :

  • La plus-value est exonérée à 88 %, seule une quote-part de frais et charges de 12 % est réintégrée dans le résultat imposable
  • Ce régime s'applique aux titres inscrits en titres de participation (compte 261 ou 271), pas aux titres de placement
  • Condition : détention de plus de 2 ans et qualification fiscale de "titres de participation"

Ce régime est très favorable pour les holdings qui cèdent des filiales.

Ne pas confondre avec la plus-value immobilière professionnelle

La cession d'un immeuble professionnel par une entreprise à l'IS est traitée comme une PVCT (soumise à l'IS à 25 %), sans distinction court terme/long terme. En revanche, pour un entrepreneur individuel à l'IR, l'immobilier professionnel peut bénéficier du régime des PVLT avec des abattements spécifiques. La distinction IS/IR est déterminante pour choisir la meilleure stratégie de cession.