Comptabilité générale Écritures d'inventaire

Une dépréciation constate la perte de valeur probable mais réversible d'un actif, due à des causes non systématiques : marché défavorable, créance compromise, stock obsolète, actif endommagé. Contrairement à l'amortissement qui répartit un coût sur une durée de vie prévisible, la dépréciation est conditionnelle et réversible : elle peut être reprise si la valeur se redresse.

Amortissement vs dépréciation

AmortissementDépréciation
NaturePerte de valeur systématique et irréversiblePerte de valeur probable et réversible
Actifs concernésImmobilisations avec durée de vie limitéeTous actifs : immob., stocks, créances, titres
RéversibilitéNon : la dotation reste acquiseOui : la dépréciation est reprise si le risque disparaît
CauseUsure du temps, obsolescence programméeÉvénement exceptionnel, marché défavorable
PlanificationCalendrier fixé dès l'acquisitionDéclenchée par un indice de perte de valeur
Amortissement vs dépréciation : deux mécanismes à ne pas confondre Même effet sur la valeur au bilan — mais nature, cause et réversibilité opposées Amortissement Perte de valeur systématique et irréversible Planifié dès l'acquisition — calendrier fixe Concerne : immob. avec durée de vie limitée Comptes : 681x (dotation) → 28x (cumulés) Dépréciation Perte de valeur probable et réversible Déclenchée par un événement — non planifiée Concerne : tous actifs (immob., stocks, créances) Reprise possible si le risque disparaît (→ 781x)

Les 3 types de dépréciations

1. Dépréciation d'immobilisation : constatée quand la valeur actuelle d'un bien immobilisé passe en dessous de sa valeur nette comptable. Exemple : un terrain dont le marché immobilier a chuté, un brevet devenu inutilisable, un fonds commercial dont la clientèle a fortement diminué.

2. Dépréciation de stocks : constatée sur des stocks devenus obsolètes, abîmés, ou dont la valeur de marché est inférieure au coût de revient. Très fréquente dans le prêt-à-porter (collections invendues) ou la technologie (matériel dépassé).

3. Dépréciation de créances : constatée lorsqu'un client est en difficulté et que le recouvrement de sa facture est compromis. La créance reste à l'actif mais sa valeur est réduite par la dépréciation. La créance devient "douteuse" puis éventuellement "irrécouvrable" si la perte est définitive.

Le test de dépréciation : valeur actuelle vs VNC

Pour les immobilisations, la dépréciation est déclenchée si des indices de perte de valeur apparaissent (baisse du marché, obsolescence technologique, performance inférieure aux attentes). L'entreprise compare alors :

  • Valeur actuelle = max (valeur vénale, valeur d'usage). La valeur vénale est le prix de cession probable ; la valeur d'usage est la valeur actualisée des flux futurs attendus de l'actif.
  • VNC (valeur nette comptable) = valeur brute moins amortissements cumulés

Si valeur actuelle < VNC → dépréciation à doter du montant de l'écart.

ExempleVNCValeur actuelleDépréciation à doter
Machine industrielle — marché favorable15 000 €18 000 €0 € (pas de dépréciation)
Machine industrielle — marché déprimé15 000 €9 000 €6 000 €
Fonds commercial — clientèle en baisse80 000 €50 000 €30 000 €

Comptabilisation, dotation et reprise

La dépréciation est enregistrée à la clôture de l'exercice via deux comptes distincts selon la nature de l'actif :

Type d'actifCompte de dépréciation (actif)Compte de dotation (charge)Compte de reprise (produit)
Immobilisations29xx (ex: 2906)68167816
Stocks39xx (ex: 3900)68177817
Créances clients49168177817
Titres (VMP)59068667866

Exemple chiffré (créance douteuse) : Au 31/12, un client doit 12 000 €. Il est en procédure collective. On estime le risque de perte à 70 %, soit 8 400 €.

  • Dotation (clôture N) : Débit 6817 (8 400 €) / Crédit 491 (8 400 €)
  • Si le client paie finalement 10 000 € en N+1 : Reprise partielle de 8 400 € puis régularisation (débit 491 / crédit 7817). La perte définitive de 2 000 € est passée en charge irrécouvrable (débit 654).
  • Si la créance est totalement recouvrée : Reprise totale — Débit 491 (8 400 €) / Crédit 7817 (8 400 €)

Impact fiscal des dépréciations

Les dépréciations sont fiscalement déductibles si elles remplissent les conditions générales des provisions : caractère probable, précision suffisante, naissance dans l'exercice, inscription en comptabilité. Quelques nuances importantes :

  • Dépréciations de stocks et créances : déductibles en principe, sous réserve de justifier le caractère probable de la perte
  • Dépréciations de titres de participation : en général non déductibles chez les sociétés holdings soumises au régime mère-fille (régime spécifique des titres long terme)
  • Dépréciations d'immobilisations amortissables : déductibles si elles correspondent à une perte de valeur établie

Dépréciation et actifs amortissables : double peine ?

Une immobilisation peut subir simultanément un amortissement (perte systématique) et une dépréciation (perte conjoncturelle). Les deux s'appliquent cumulativement. Si la dépréciation est ensuite reprise (car la valeur se redresse), le plan d'amortissement doit être recalculé sur la base de la nouvelle valeur nette. Attention : la reprise de dépréciation est un produit imposable (compte 7816), ce qui peut créer un décalage fiscal temporaire.